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  • Leonard, Picasso, Wharol, Koons, les artistes fascinent les foules et obsèdent les intellectuels. L'Art semble aujourd'hui se réduire à quelques figures de la peinture dans un marché mondialisé et conceptuel. Un art où le geste s'efface devant la pensée, où la « main », pourtant capitale, ne compte plus.
    Qui sait que Louis XIV, l'inventeur du luxe à la française, préférait son service de table en or massif aux grandes fresques du génial Lebrun ? Qui se souvient combien les enlumineurs, orfèvres et autres faiseurs d'images avaient les faveurs des princes du Moyen Âge, adeptes des beaux objets ? Ivoiriers, tapissiers et autres artisans d'art sont les vaincus d'une longue et sourde guerre que les succès éphémères des arts décoratifs ou du design contemporain ne peuvent faire oublier.
    Stéphane Laurent revient sur cette histoire et dresse un subtil panorama critique de cette guerre entre l'« Art » et l'artisanat. Il démêle cette question de l'Antiquité jusqu'à nos jours sans omettre des rapprochements avec d'autres civilisations extra-européennes et revient sur les moments essentiels de notre histoire de l'art, relevant les coups de force - telle la naissance des arts libéraux en Italie et en France au XVIe siècle -, les moments d'hésitation ou de reflux, comme le XIXe siècle, avec les Arts and Crafts et l'échec des arts décoratifs. En choisissant le luxe comme fil conducteur, il nous révèle les rapports de l'art avec le pouvoir et l'élite intellectuelle d'un côté, et le rôle de la consommation de l'autre, deux pôles déterminants de la création.

  • Ancien ou contemporain, le noir s'infiltre dans le langage, dans notre relation au monde, dans notre expérience et notre imaginaire : de l'ombre et de la nuit, des Enfers et du diable, du mal à la violence, du danger à la mort ; de l'humeur à la mélancolie, au pessimisme, au désespoir ou à la colère et la folie ; de l'anarchie à la révolte, du racisme au fascisme ; mais aussi de la clandestinité au trouble, au mystère et au secret... Ce voyage dans le noir, à travers textes et mots, nous invite à la réflexion et au rêve en nous plongeant dans cette " couleur " contradictoire et paradoxale, à la fois ombre et lumière, tradition et modernité, classicisme et provocation, devenue la toile de fond du XXe siècle. Il nous aide à percer " cette lumière secrète venue du noir " évoquée par Pierre Soulages dans la préface.

  • Les couleurs, pour Antoine Janot, c'est son métier. Encore enfant, avec son père, il a appris à sentir l'odeur de la cuve de pastel, tâter le goût du bain avant d'y plonger le tissu pour le bleuir. Plus tard, il s'est musclé les bras à tourner les lourdes pièces de lainage dans les chaudrons bouillants des rougies de cochenille. Il est un de ces maîtres-teinturiers dont les couleurs éclatantes assurent l'engouement pour les draps du Languedoc aux Échelles du Levant. Alors, quand le nouvel inspecteur des manufactures nommé à Saint-Chinian vient lui confisquer une pièce d'écarlate sous prétexte que son rouge est affamé, Antoine Janot décide de ne pas se laisser faire. Il rédige un mémoire garni d'échantillons pour expliquer comment il obtient toutes ces couleurs, et il l'envoie à Montpellier, à l'Intendant du Roi en Languedoc, avec une lettre dénonçant les abus de pouvoir de l'inspecteur.
    Pavé dans la mare. Les remous provoqués vont faire repérer Janot jusqu'à Versailles comme un « aventurier sujet à caution, aussi inquiet, aussi haut et aussi dangereux qu'il est bon teinturier ».
    Le mémoire, enterré dans les archives, est ici édité, avec deux autres d'Antoine Janot : c'est le plus ancien ensemble connu de recettes de teinture des draps de laine, illustrées d'échantillons, organisées systématiquement dans l'ordre des opérations techniques permettant d'obtenir toutes les gammes de coloris grand teint avec les colorants naturels.
    Leur étude technologique et colorimétrique, proposée par Dominique Cardon, veut inspirer les passionnées et passionnés de couleur et ouvrir de nouvelles voies pour ressusciter les couleurs de l'ère des Lumières.

  • Couleur-caméléon aux frontières incertaines, ni noir ni blanc, le gris fusionne les couleurs et les matières. Jouant de ses mille nuances, il se fait tour à tour lumineux comme la lune ou poussiéreux comme la cendre. Gris argent, béton, étain, fer, flanelle, perle, pierre, prison, zinc. gris fumée, plomb, poussière, muraille. gris chartreux, éléphant, souris, tourterelle. gris brouillard, brume, orage, nuage, ciel de Paris. gris de Payne ou deperle, gris gustavien, gris Dior ou Montaigne. gris administratif, industriel. Âme grise, éminence grise, enfant à cheveux gris, point gris, révolution grise, théorie grise, en voir de grises. Grisaille, griserie, griseur, feldgrau.

    De Aragon à Goldman, en passant par Beckett, Yourcenar, Godard, ou encore Philippe Claudel, préfacier de l'ouvrage, le gris décline ses associations : gris de la sagesse et de la connaissance, gris de la mélancolie et de la solitude, gris de l'effacement et de l'humilité. Couleur de la ville, de l'industrie, de la standardisation, le gris est aussi celle du sobre et du bon ton, de l'élégance et du luxe, du zen ou de l'ivresse !

    Couleur de notre époque ?

  • La perception de l'arc-en-ciel est-elle universellement DE L'ANTHROPOLOGIE partagée ou propre à chaque culture ? Depuis les travaux fondateurs de Newton, la tradition occidentale considère l'arc-en-ciel comme un composé de sept couleurs (rouge, orange, jaune, vert, bleu, violet, indigo) issu de la décomposition prismatique et continue de la lumière. Pourtant, dès 1810, Goethe, avec sa Théorie des couleurs, vient critiquer ce modèle, pour prendre en compte la subjectivité du regard. Dans son sillage, les Romantiques accusent Newton d'avoir « détruit la poésie de l'arc-en-ciel, en le réduisant aux couleurs prismatiques ».
    Se défaire d'une théorie dominante afin de considérer d'autres types d'expériences et de perceptions : tel est l'objectif de cet ouvrage qui invite à découvrir une variété d'arcs-en-ciel extra-européens, de l'Antiquité à nos jours. L'enquête révèle que, dès lors que l'on s'écarte des sociétés européennes des derniers siècles, les liens entre arc-en-ciel et couleurs s'établissent selon des modalités différentes : nombre d'arcs-en-ciel sont trichromes, monochromes, voire incolores. En Égypte, en Mésopotamie, en Grèce ancienne, en Éthiopie ou en Mélanésie, les couleurs de l'arc-en-ciel se déclinent ainsi selon des configurations bien éloignées du modèle newtonien. Ces dernières nous renseignent sur la façon dont chaque société envisage le chromatisme.
    Quelles sont les conditions nécessaires pour colorer un arc-en-ciel ? Quelles représentations culturelles entourent l'apparition de ce phénomène météorologique ? Quels défis les arcs-en-ciel posent-ils pour la mise en images ? Voici les principales questions auxquelles ce livre se propose de répondre.

    Sous la direction de Arnaud Dubois, Jean-Baptiste Eczet, Adeline Grand-Clément et Charlotte Ribeyrol.

  • Bleu, Ecarlate, Cramoisi, Pourpre, Prune, Noisette, Tabac, Café. Les noms de couleurs des anciennes étoffes semblent parler d'eux-mêmes. Et pourtant, que d'efforts, d'imagination et de raffinement dans le métier de teinturier ! Ce manuscrit du XVIIIe siècle, pieusement conservé par une ancienne famille de drapier du Languedoc, nous introduit dans cet univers où un secret bien gardé est souvent le gage de la réussite. Un trésor réunissant quatre précieux mémoires consacrés aux recettes de teintures que l'on fait alors "pour le Levant". Pour chacune des teintes, les échantillons correspondants : 177 pétales veloutés d'un fin drap de laine, à la fraîcheur éclatante. Ce carnet de teinturier ne comporte aucune signature, aucune date, aucune mention de lieu. De quoi inciter Dominique Cardon à mener l'enquête. Commentant et précisant le texte, l'éminente historienne des techniques nous guide sur les lieux de la manufacture royale de Bize, dans le Minervois, entreprise florissante au milieu du XVIIIe siècle, sur les traces d'un entrepreneur sémillant et attaché à la couleur de ses étoffes. Le premier traité publié sur la teinture des draps de laine écrit par un entrepreneur en activité.

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